C’est le novembre qu’arrive le mal du pays

Lors de mon arrivée en France, je n’ai pas éprouvé des sentiments de mal du pays. Souvent quand on voyage, on prévient le décalage horaire et le mal du pays. Celui-là est plutôt physique tandis que celui-ci émotionnel, mais quand même. C’était la fin d’août quand je suis partie des États-Unis pour la France et là, je n’ai aucun problème. J’ai déjà connu la ville et quelques gens qui y habitent. S’installer était bien difficile au début, mais rien d’impossible. Je m’habituais à donner des cours aux étudiants en licence à la fac, quelque chose de tout à fait nouveau pour moi. C’est plutôt comme jouer un rôle — je n’enseigne pas, je divertisse.

Mais c’est ludique, travailler en tant que lectrice. J’apprenais à improviser, diriger des conversations, devenir davantage curieuse. Mais en même temps, il faut parfois faire semblant d’être quelqu’un d’extraverti, ouvert et sociable, tandis qu’en vrai je préfère passer un moment paisible parmi des amis ou rester chez moi, emmitouflé dans les couvertures de mon lit avec une boisson chaude et soit un livre, soit du wifi rapide. J’essaie à atteindre un équilibre entre les deux.

En gros, les premiers quelques mois n’étaient pas du tout mal passés. Puis, il y avait la présidentielle américaine. On était tous un peu bouleversés par le résultat. Quand on est ensemble — c’est-à-dire, quand on est parmi d’autres américains — c’est plus facile de se rendre compte de ce qui vient de s’achever. Isolée des états-unis et mes amis là-bas, j’ai mal réalisé la réalité tout en étant inondé par des questions là-dessus. C’était le premier vrai mal du pays qui m’était évoqué.

Faire avancer jusqu’à cette semaine avec la fête américaine de Thanksgiving. C’est la première fois de ma vie que je ne l’ai pas passé avec ma famille. J’étais déçue d’apprendre que mes parents l’ont passé seuls, sans visiter le reste de la famille chez mes grands-parents ou chez mon oncle et ma tante. À plus de six mille km de distance, j’aurais aimé trop être parmi famille, même si ça veut dire supporter le bavardage parfois ennuyeux d’autres relatives. Mais là, je ne peux pas trop me plaindre. J’ai passé le Thanksgiving avec une amie où on a cuisiné un repas vachement sain (sans de la viande) ainsi qu’un désert, tout accompagné par du vin et le troisième film d’Harry Potter.

Et maintenant, Noël commence à approcher. Fin, elle y a déjà commencé il y a un mois pour la plupart de français (puisqu’on n’a pas de Thanksgiving en France). Et les habitudes qui concernent cette fête me manquent. Bien sûr, bien sûr, je peux faire des cookies et regarder les films cultes de Noël très facilement ici. Mais ce n’est pas forcément la possibilité d’être capable de faire ces choses qui compte, mais la possibilité de faire ces choses avec des gens spécifiques. Je peux faire les bonshommes en pain d’épice ici, mais je ne peux pas les faire cette fois-ci avec ma soeur. Je peux regarder tous les films d’Harry Potter comme si on regardait les 25 jours de Noël de la chaîne américaine, ABC Family, mais je ne peux pas le faire avec l’un de mes chats sur les genoux. Je peux passer une soirée calme, mais pas à côté de la cheminée avec le parfum de pain aux bananes de ma mère foisonnant l’air, avec les luminaires du sapin de noël clignotant doucement en arrière-plan. On peut recréer des rituels, mais recréer l’esprit éphémère s’accomplit plus difficilement.

C’est possible de briguer ces sentiments jusqu’au bout de souffle, mais ils vont arriver n’importe qu’au leur plein gré.